Le Plaza Hotel va fermer ses portes en janvier 2027. Pas pour quelques semaines, pas pour une petite remise à neuf discrète entre deux saisons. Non : pour au moins quatre ans. Avec une réouverture espérée en 2031 au plus tôt.
L'annonce a été faite le 14 octobre 2026 par Fairmont Hotels & Resorts, qui opère l'hôtel depuis 2005. Et si l'information a fait le tour du monde en quelques heures, c'est parce que le Plaza n'est pas n'importe quel hôtel.
Une façade à restaurer, un chantier monumental
La raison de cette fermeture n'est pas anodine : c'est la façade elle-même, classée monument historique depuis 1969, qui nécessite des travaux de restauration en profondeur. Et pas un simple ravalement. On parle de la façade 18 étages d'un bâtiment vieux de 119 ans, soumis aux rigueurs du climat new-yorkais depuis plus d'un siècle.
Fairmont n'a pas communiqué sur le détail précis des travaux ni sur leur coût. En revanche, la direction a été très claire sur une chose : la complexité de l'opération rend toute cohabitation avec les clients impossible.
Ce n'est d'ailleurs pas propre au Plaza. La ville de New York impose par la loi une inspection complète des façades de tous les immeubles de plus de six étages tous les cinq ans. Les vieux bâtiments, en particulier les monuments classés, se retrouvent régulièrement confrontés à ce type de chantier titanesque. Le Waldorf Astoria, autre icône new-yorkaise, a ainsi fermé en 2017 pour une transformation qui s'est finalement étalée sur plus de huit ans.
119 ans d'histoire new-yorkaise
Pour comprendre pourquoi la fermeture du Plaza fait autant de bruit, il faut rappeler ce qu'est cet hôtel.
Ouvert le 1er octobre 1907 au coin de la 5e Avenue et de la 59e rue, face à Central Park, le Plaza a été construit en seulement vingt-sept mois pour la somme de 12,5 millions de dollars, soit l'équivalent d'environ 314 millions de dollars aujourd'hui. Il a été conçu par Henry Janeway Hardenbergh, le même architecte qui a dessiné le Dakota Building sur Central Park West, où John Lennon devait d'ailleurs résider plusieurs décennies plus tard. Le style est celui de la Renaissance française, avec ses tourelles, ses ornements en terre cuite et sa silhouette reconnaissable entre toutes sur le skyline de la 5e Avenue.
Le critique d'architecture Paul Goldberger considérait en 1982 que le Plaza était « le seul hôtel appartenant au patrimoine architectural fondamental de New York », au même titre que Grand Central Terminal ou la Bibliothèque publique.
Depuis son ouverture, le Plaza a accueilli à peu près tout ce que le XXe siècle a compté de figures marquantes. Les premiers clients enregistrés furent Mr. et Mrs. Alfred Gwynne Vanderbilt. F. Scott Fitzgerald et Zelda ont fait du bar de l'hôtel un de leurs quartiers généraux pendant les années folles, certaines scènes de Gatsby le Magnifique y sont directement ancrées. Frank Lloyd Wright, arrivé à New York en 1953 pour superviser la construction du Guggenheim, a vécu au Plaza pendant six ans. Truman Capote y a organisé son fameux "Bal en noir et blanc" de 1966 dans le Grand Ballroom.
Et puis il y a Eloise. La petite fille de six ans créée par Kay Thompson en 1955, qui vit au Plaza avec sa nanny anglaise, son chien Weenie et sa tortue Skipperdee, et passe ses journées à semer le chaos dans les couloirs de l'hôtel. Eloise n'est pas seulement un personnage de livre pour enfants : elle est devenue une partie de l'identité même de l'établissement, avec son portrait dans le lobby, son afternoon tea et sa suite rose flashy. On raconte que, à l'époque, des enfants appelaient régulièrement l'hôtel pour demander à parler à Eloise.
Le 7 février 1964, les Beatles débarquent à New York pour leur première tournée américaine et s'installent au Plaza pendant six jours. L'hystérie est telle que des centaines de fans envahissent les environs de l'hôtel, bloquant la circulation et débordant les policiers à cheval. La légende veut que la direction, à bout de nerfs, ait un temps interdit aux Fab Four de revenir. Ce qui n'a pas empêché le Plaza de continuer à attirer tout ce que la planète comptait de célébrités.
En 1988, c'est Donald Trump qui acquiert l'hôtel pour 390 millions de dollars, confiant la gestion à sa femme Ivana. Une période mouvementée, suivie d'une faillite, d'une revente, puis d'une transformation majeure : entre 2005 et 2008, le Plaza ferme pour une rénovation de 400 millions de dollars et renaît avec une combinaison inédite de chambres d'hôtel, d'appartements en copropriété et d'espaces commerciaux.
Ce sont ces travaux de 2005-2008, ironiquement, qui rendent la fermeture de 2027 d'autant plus surprenante : la façade avait déjà été traitée à l'époque.

Que ferme-t-on exactement ?
L'hôtel dans son ensemble : les chambres, bien sûr, mais aussi les espaces communs. Le Palm Court, la salle de restaurant sous verrière emblématique où se prend le fameux afternoon tea, ferme également en janvier 2027. Le Champagne Bar, lui aussi. Les salles de réception du Grand Ballroom.
Ce qui est moins clair pour l'instant, c'est le sort réservé aux résidents des appartements en copropriété qui occupent une partie du bâtiment depuis la transformation de 2008.
Que faire avant janvier 2027 ?
Il reste quelques semaines. Le Plaza est toujours ouvert. Et même si dormir dans une chambre reste un investissement conséquent, il y a d'autres façons de vivre l'expérience une dernière fois avant l'extinction des lumières :
- Prendre le thé au Palm Court : l'afternoon tea du Plaza est une institution en soi. C'est bruyant, c'est cher, c'est kitsch dans le bon sens du terme.
- Prendre un verre au Champagne Bar : l'endroit où tout a commencé, puisque la "Champagne Porch" originale était une terrasse extérieure le long de la 5e Avenue dès 1907.
- Flâner dans le lobby : il n'y a aucun ticket d'entrée pour admirer le décor. Le Plaza est un bâtiment public, et son lobby vaut le détour même sans carte bleue.

Et en 2031 ?
Si tout se passe comme prévu, le Plaza devrait rouvrir ses portes en 2031. Ce sera alors le même bâtiment, au même coin de rue, face au même Central Park. Mais avec une façade restaurée, prête pour les 119 prochaines années.
En attendant, l'angle de la 5e Avenue et de la 59e rue va avoir une drôle d'allure avec ses échafaudages. Et Kevin McCallister devra trouver un autre hôtel de luxe où se faire servir du room service.
Par Mathieu · Mis à jour le 16/10/2026