Il y a des endroits à New York qu'on ne trouve dans aucun guide de luxe. Pas de lobby en marbre, pas de rooftop bar à 30 dollars le cocktail, pas de réservation six semaines à l'avance. Coney Island, c'est tout le contraire. C'est bruyant, coloré, un peu décati par endroits, et absolument irrésistible. Et en plein milieu de tout ça, planté face à l'Atlantique depuis plus d'un siècle, il y a le Luna Park.
Spoiler : c'est l'une des meilleures sorties possibles dans la ville. Et non, ce n'est pas réservé aux familles avec enfants.
Coney Island, c'est où exactement ?
Petit point géographique pour démarrer, parce que beaucoup de visiteurs pensent que Coney Island est une vraie île. C'était historiquement le cas, mais des opérations de remblai au début du XXe siècle l'ont reliée au continent, en faisant désormais une péninsule. Elle est située à l'extrême sud de Brooklyn, à environ une heure de métro depuis Midtown Manhattan.
Son nom viendrait du mot néerlandais "konijn", signifiant "lapin", en référence aux colonies de lapins sauvages que les premiers colons hollandais y auraient observées. Charmant, non ?
Ce que vous trouverez là-bas : une grande plage de sable, un boardwalk de 2,7 kilomètres longeant l'océan, un aquarium, un stade de baseball de ligue mineure, des manèges, des hot-dogs et une atmosphère qu'on ne trouve vraiment nulle part ailleurs dans la ville.
Une histoire qui commence en 1884
Coney Island, c'est l'endroit où les montagnes russes ont été inventées. Enfin, popularisées en tout cas. Les toutes premières montagnes russes ont été installées le long de la plage de Coney Island dès 1884. À l'époque, c'est encore une attraction pour la bourgeoisie new-yorkaise qui vient s'y baigner le week-end.
La démocratisation arrive avec le tramway, puis le métro, qui permettent aux classes populaires d'y accéder facilement. Coney Island devient rapidement ce qu'on appellera "America's Playground" — le terrain de jeu de l'Amérique. Le site a régulièrement accueilli plus de 100 000 visiteurs par jour pendant la saison estivale, atteignant même un record de 2,5 millions de personnes en 1947.
Après plusieurs incendies, des décennies de déclin économique dans les années 1960 et une longue traversée du désert, le parc actuel a rouvert sous le nom de Luna Park en 2010, tel qu'on le connaît aujourd'hui.
Le Cyclone : la star incontestée
On peut parler de tout ce qu'on veut à Coney Island, mais il y a un manège qui domine tout le reste depuis presque cent ans : le Cyclone.
C'est une montagne russe en bois datant de 1927, désormais classée monument de la ville de New York. Elle fait des virages serrés, elle vibre, elle grince — c'est voulu, c'est vintage, et c'est absolument délicieux si on aime les sensations fortes. On dit que Charles Lindbergh, de retour de sa traversée en solitaire de l'Atlantique, aurait déclaré que le Cyclone était plus excitant que son vol. C'est peut-être apocryphe. Mais ça donne envie, non ?
Le Cyclone est payant à l'unité et n'est pas inclus dans tous les pass — on en parle plus bas.
La Wonder Wheel : l'autre icône
Juste à côté du Luna Park se trouve le Deno's Wonder Wheel Amusement Park, un parc indépendant dont la grande roue est l'attraction phare.

Construite en 1920 en acier 100% américain, la Wonder Wheel mesure 45 mètres de haut et pèse 200 tonnes. Elle possède 24 cabines, dont 16 dites "swinging" — elles glissent sur un rail sinueux vers le centre de la roue, créant une sensation à la fois panoramique et légèrement angoissante. Plus de 35 millions de tours ont été effectués depuis son inauguration, et elle affiche un bilan de sécurité parfait.
La Wonder Wheel a été classée monument historique de la ville de New York par la Commission de préservation des monuments en 1989.
La vue depuis le sommet — l'océan Atlantique d'un côté, le skyline de Manhattan au loin de l'autre — vaut à elle seule le déplacement.
Les autres attractions à Luna Park
En dehors du Cyclone et de la Wonder Wheel, le Luna Park compte plus de 50 jeux, manèges et montagnes russes pour tous les âges. Quelques incontournables :
Le Thunderbolt — La star des sensations fortes du parc. Une chute verticale de 38 mètres à une vitesse de 96 km/h, les pieds dans le vide. Réservé aux amateurs d'adrénaline confirmés.

Le Sling Shot — Le catapultage version Coney Island. On monte à deux dans une sphère, et on est projeté vers le ciel à toute vitesse. Le genre de manège dont on se souvient longtemps.
La Wild River — Un parcours en radeau sur rapides. Parfait pour se rafraîchir en été, moins recommandé si vous tenez à rester sec.
Le B&B Carousel — Un carrousel historique, l'un des plus beaux de la côte Est. Plus apaisé, mais avec un charme intemporel.
L'Electric Eden Raceway — Le karting du parc. Idéal pour une pause entre deux manèges à sensations.
Les manèges pour enfants — Le parc compte plusieurs attractions dédiées aux plus jeunes : Brooklyn Barges, Circus Coaster, Lynn's Trapeze, Speed Boat, et la Tea Party (les tasses), pour n'en citer que quelques-uns.
Les billets et les tarifs : comment s'y retrouver
C'est là que ça se complique un peu, alors on va être clairs.
L'entrée dans le parc est gratuite. On peut déambuler dans Luna Park, regarder les manèges, manger un hot-dog et profiter de l'ambiance sans débourser un centime. Ce qui est payant, c'est de monter dans les attractions.
Il existe deux systèmes :
Le Luna Pass (bracelet journée) — Il existe deux types : le "Fixed Date Luna Pass", valable uniquement à une date précise et moins cher, et le "Any Day Luna Pass", plus flexible et donc plus cher. Le tarif maximum est de 79 dollars. Ces passes donnent accès à la grande majorité des manèges, mais attention : le Cyclone, le Thunderbolt, le Sling Shot, le B&B Carousel et quelques autres sont exclus et se paient à part.

La Luna Card (crédits à l'unité) — Elle fonctionne comme une carte prépayée. 1 dollar = 1 crédit. Une attraction coûte entre 3 et 22 crédits selon le niveau de sensations. Si vous achetez 100 dollars de crédits, vous recevez 40 crédits bonus. Idéal si on ne prévoit de faire que quelques manèges.
Les pass touristiques — L'accès au Luna Park est inclus dans le New York Pass, le New York Explorer Pass (Go City) et le Sightseeing Pass. Si vous avez déjà l'un de ces pass pour votre séjour, pensez à vérifier ce qui est inclus exactement — les exclusions varient.
Le conseil : achetez en ligne à l'avance pour bénéficier de tarifs réduits et éviter les files à la billetterie les week-ends chargés.
Quand y aller : la question de la saisonnalité
C'est le point crucial à connaître avant de planifier sa visite.
Luna Park ouvre généralement fin mars et reste ouvert jusqu'à début janvier, avec des fermetures ponctuelles selon la météo et la saison. En dehors de ces périodes, le parc est fermé — mais Coney Island elle-même reste accessible, et le boardwalk peut se visiter toute l'année.
Les horaires varient considérablement selon la période : en pleine saison estivale (Memorial Day à Labor Day, soit fin mai à début septembre), le parc est ouvert tous les jours. Au printemps et en automne, on passe à un fonctionnement week-end uniquement. Consultez toujours le calendrier officiel sur lunaparknyc.com avant de partir.
La meilleure période pour visiter ? Les jours de semaine en juillet ou août pour profiter du parc, de la plage et du boardwalk avec moins de monde qu'un samedi. Les week-ends ensoleillés de juin restent néanmoins excellents si c'est votre seule option.
Les jours à éviter absolument : Le parc est soumis à d'importantes restrictions de capacité le jour du Memorial Day, le jour de la Mermaid Parade (mi-juin) et le 4 juillet. Ces jours-là, Coney Island est prise d'assaut. Il vaut mieux éviter si on veut faire des manèges sans attendre une heure.
Le boardwalk et ses incontournables
Même sans mettre un pied dans le Luna Park, Coney Island vaut le déplacement pour son Riegelmann Boardwalk. Deux kilomètres et demi de promenade en bois longeant l'Atlantique, avec une vue imprenable sur l'horizon et une ambiance qu'on ne trouve vraiment qu'ici.

Quelques arrêts obligatoires sur le boardwalk et autour :
Nathan's Famous — C'est ici, sur le coin de Surf Avenue et Stillwell Avenue, que se trouve l'enseigne originale ouverte en 1916. Le hot-dog de Nathan's fait partie du patrimoine culinaire new-yorkais. Chaque 4 juillet, l'enseigne organise son célèbre concours de dégustation de hot-dogs, retransmis en direct sur ESPN. C'est absurde et fascinant à la fois.
La Parachute Jump — Cette tour de 75 mètres est un vestige de l'Exposition universelle de 1939. Elle ne fonctionne plus depuis des décennies, mais elle est illuminée la nuit et reste un symbole fort du paysage de Coney Island.

Le New York Aquarium — Juste à côté du Luna Park, l'aquarium propose des expositions sur la vie marine, dont l'Ocean Wonders: Sharks!, des spectacles d'otaries et des programmes de conservation. Un excellent complément de visite, surtout avec des enfants.
Les Brooklyn Cyclones — L'équipe de baseball de ligue mineure affiliée aux Mets joue au Maimonides Park, tout près du boardwalk. Assister à un match ici, avec la brise de l'océan et une ambiance décontractée, c'est l'une des expériences les plus authentiquement new-yorkaises qui soit.
Les meilleurs spots photos
Coney Island est un terrain de jeu pour la photographie. Quelques endroits à ne pas manquer avec un appareil en main :

La Wonder Wheel de face, depuis le boardwalk — Le classique absolu. La grande roue en arrière-plan avec les cabines colorées, de préférence en fin de journée quand la lumière est dorée.
Le Cyclone sous les traverses en bois — Se positionner sous la structure en bois de la montagne russe au moment où un train passe au-dessus crée des photos saisissantes.
Le boardwalk à l'heure bleue — Juste après le coucher du soleil, quand les néons des attractions s'allument et que le ciel vire au bleu nuit. C'est là que Coney Island ressemble le plus à un décor de film.
La plage avec les manèges en fond — Se retourner dos à l'océan depuis la plage et cadrer les manèges en arrière-plan avec des baigneurs au premier plan. Cette photo ne ressemble à rien d'autre.

Nathan's Famous — L'enseigne rouge et jaune originale depuis 1916 mérite une photo. C'est un bout d'histoire américaine sur un coin de rue.


Comment y aller depuis Manhattan
C'est l'une des bonnes surprises de Coney Island : c'est très accessible, et ça ne coûte que le prix d'un ticket de métro.
Depuis Manhattan, plusieurs lignes de métro descendent directement à Coney Island : les lignes D, F, N et Q jusqu'à la station Coney Island-Stillwell Avenue, ou les lignes Q et F jusqu'à West 8th Street. Comptez entre 45 minutes et 1 heure depuis Midtown selon votre point de départ.
La station Coney Island-Stillwell Avenue est terminus — impossible de la rater. Et une fois sorti, le parc et le boardwalk sont à deux minutes à pied.

Combiner Coney Island avec le quartier de Brighton Beach
Un conseil pour les curieux : en sortant du métro à Coney Island, il suffit de longer le boardwalk vers l'est pendant quinze minutes pour se retrouver dans un quartier radicalement différent — Brighton Beach, surnommé "Little Odessa".
C'est le quartier russophone de New York. Épiceries ukrainiennes, restaurants géorgiens, boulangeries qui proposent des gâteaux à la crème dignes d'un film d'avant-guerre. L'ambiance y est à des années-lumière de Luna Park, et c'est précisément pour ça que la combinaison des deux fonctionne si bien. Une demi-journée de manèges et de boardwalk, suivie d'un dîner à Brighton Beach : c'est un des meilleurs programmes que Brooklyn peut offrir.
Par Laëtitia · Mis à jour le 01/03/2026 